La position de l’Ue sur la crise au Cameroun 30 mars 2008
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Il a fallu du temps. Et finalement, l’Union européenne est sortie du bois. Ce pour condamner les actes de violences qu’à connu le Cameroun entre le 25 et le 28 février 2008. Et surtout, pour donner un avis sur la modification annoncée de la Constitution adoptée en 1996. N’étant pas très doué en analyses, je vous laisse lire le texte dans son intégralité.
SITUATION AU CAMEROUN
DECLARATION DE LA PRESIDENCE AU NOM DE L’UNION EUROPEENNE (Bruxelles, 27 mars 200
L’Union européenne suit avec attention la discussion concernant la révision de la Constitution, tout en considérant que la décision d’apporter des changements à cette Constitution appartient au peuple camerounais et à ses institutions.
L’Union européenne rappelle que la Constitution adoptée en 1996 est le résultat du dialogue politique et l’expression démocratique de la volonté populaire. Elle souligne l’importance de soumettre les propositions de révision constitutionnelle à un débat large, libre et ouvert, incluant toutes les composantes de la société camerounaise.
Dans ce contexte, l’Union européenne reste convaincue que la possibilité de l’alternance au pouvoir, la liberté de la presse ainsi que la garantie des libertés publiques constituent des éléments fondamentaux pour la consolidation de la démocratie et rappelle l’urgence d’améliorer le système électoral et la qualité de la participation démocratique, autant de garanties pour l’indispensable stabilité du pays.
L’Union européenne dénonce les violences de la fin février et les tentatives d’instrumentalisation ethnique qui ont suivi. Elle réitère son soutien au développement économique et social du Cameroun, particulièrement en direction des populations les plus faibles et les plus défavorisées.
La Turquie et la Croatie*, et l’ancienne République yougoslave de Macédoine, pays candidats, l’Albanie, la Bosnie-Herzégovine, le Monténégro et la Serbie, pays du processus de stabilisation et d’association et candidats potentiels, l’Islande, le Liechtenstein et la Norvège, pays de l’AELE membres de l’Espace économique européen, ainsi que l’Ukraine, la République de Moldavie, l’Arménie et la Géorgie se rallient à la présente déclaration./.
* La Croatie et l’Ancienne République yougoslave de Macédoine continuent à participer au processus de stabilisation et d’association
La déclaration de l’Addec sur la crise sociale au Cameroun 14 mars 2008
Posted by TAMBA in Opinions et débats.Tags: Addec, Cameroun, Université de Yaoundé I
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L’intégralité de la déclaration qui a créé la panique mobilisé l’armée autour du campus de Ngoa-Ekelle dans la journée du 13 mars 2008
DECLARATION
Le profond mouvement de protestation sociale et politique qui a secoué notre pays les 25, 26, 27, 28 et 29 février dernier a été animé principalement par les jeunes. Au cours de ces journées de mobilisation, des exactions des forces de l’ordre ont été commises sur des populations manifestant les mains nues .Des agressions sauvages et injustifiées ont été commises sur des étudiants à l’intérieur de la Cité Universitaire de l’Université de Yaoundé I. Les interpellations fantaisistes de quelques uns s’en sont suivies, avec leur cortège de traitements dégradants dans les cellules de la République. Au terme de ces folles journées de mobilisation et d’expression de frustrations longtemps refoulées, l’ADDEC tient à faire savoir qu’à la suite de l’enquête diligentée par elle, il ressort les constats hallucinants qui suivent :
Des agressions et interpellations d’étudiants :
- Dans la nuit du 27 février, après le discours du Chef de l’Etat, un escadron de militaires est descendu à la Cité universitaire de l’université de Yaoundé 1 et a causé des exactions graves. Les étudiants NTYAM Freddy Lionel, ZAMBO Franck Thierry, BIKOE Jean Renaud, EBO’O Félicien, ESSELEM Irénée ont eu, pour la plus part, des blessures profondes au niveau de la tête et des jambes brisées. Des dégâts matériels fort importants ont également été enregistrés (des portes de chambres défoncées, des scènes de pillage, etc.)
- Plusieurs étudiants de diverses universités du pays, arbitrairement interpelés, ont été victimes de mauvais traitements, de tortures et de détentions tout aussi arbitraires dans les commissariats et brigades de la république. En l’état actuel des ses investigations, l’ADDEC en a établi une liste – non exhaustive :
o ABIA David, University of Buea, Ancien Président de l’UBSU ; signataire de la déclaration du Conseil patriotique et populaire de la Jeunesse (CPPJ) du 17 février dernier.
o NGOYA Carlos, University of Buea, Ancien Vice-président de l’UBSU ;
o TCHIENGWA DJOMO Paul Merlin, Université de Yaoundé I, Faculté des Sciences, Filière Sciences de la Terre Niveau 4(ST4), Matricule 02X136,
o SANDJONG Yannick, Université de Yaoundé I, Faculté des Sciences, Filière Chimie (CH3) ;
o NJUTAPMVOUI Ernest Dubois, Université de Yaoundé I, Faculté des Arts, Lettres et Sciences Humaines –FALSH- Histoire Niveau 3 (Histoire 3) ;
o ONVOHA Ernest Lincoln Université de Yaoundé I, Faculté des Arts, Lettres et Sciences Humaines –FALSH- Arts du Spectacle (AS), Matricule 07K281 ;
o SIGNS KASINEY Gama, Université de Yaoundé I, Faculté des Arts, Lettres et Sciences Humaines –FALSH- Linguistique Générale Appliquée Niveau 4 (LGA4).
o OSAKE Robert, University of Buea, Level 300, Economics ;
o OBEN Benjamin, University of Buea, Level 200, Education ;
o NYEMO BETUMAMI Charles, University of Buea, Level 200, Environmental Science ;
o ENGWOH NGOH Abia, University of Buea, Level 300, Sociology ;
o NGU BONGEN Blandon University of Buea;
- Suite à l’intervention de l’ADDEC, tous les étudiants incarcérés - issus de l’Université de Yaoundé I - ont pu être libérés.
- Le mouvement étudiant continue cependant de suivre avec attention et d’attendre avec impatience la libération de nos camarades de l’Université de Buéa, en cette veille de rentrée dans cette institution.
- Des enquêtes sont en cours au niveau de l’université de Douala pour identifier les étudiants qui sont dans une situation similaire à celle de leurs camarades de Buéa et leur apporter toute l’assistance dont ils pourraient avoir besoin.
- Des dispositions ont été également prises pour que tous ces cas d’abus soient quotidiennement rapportés à la Commission Nationale des Droits de l’Homme et des Libertés, aux responsables directs en charge des questions de droits de l’Homme de plusieurs chancelleries accréditées au Cameroun, et des organisations internationales de défense des Droits de l’Homme à travers le monde ;
Au vue de tout ce qui précède :
L’ADDEC invite tout étudiant ou toute autre personne détenant d’autres informations sur un quelconque étudiant abusivement retenu dans une prison de la République à saisir promptement les instances de l’ADDEC pour une assistance appropriée ;
L’ADDEC invite les autorités gouvernementales et le Ministère de l’Enseignement Supérieur en particulier à tout mettre en œuvre pour la libération des étudiants et élèves abusivement détenus à la prison de Buéa ; tout en exigeant que les étudiants froidement et innocemment agressés par les forces de l’ordre dans leurs chambres alors qu’ils ne participaient aucunement aux manifestations soient indemnisés par le Gouvernement.
L’ADDEC s’indigne et exprime sa consternation face à la brutalité et la logique de la violence qui font que la moindre descente des forces de sécurité, au moindre prétexte, devienne le premier facteur d’insécurité pour les citoyens, plus attentatoire encore que la « menace » qu’elles étaient censées neutraliser. Ce pis-aller autorise Bastonnades sanglantes et gratuites, pillages systématiques, rapine et racket de toutes sortes – et ceci dans une totale impunité. De plus en plus, ces déchaînements de violence se soldent par des morts d’hommes ; sans que les autorités administratives et politiques du pays s’en émeuvent. Les émeutes de la fin du mois de février dernier ont encore montré combien les interventions des forces dites de l’ordre, initialement destinées à contenir les manifestations, font si peu cas des droits humains les plus élémentaires et du respect de la vie des citoyens. La Cité universitaire de Yaoundé 1, les zones de résidence universitaire alentours, de DSCHANG et BUEA ont une fois de plus fait les frais de cette sauvagerie d’un autre âge.
Il convient par ailleurs de féliciter les étudiants pour le sens aigu de la responsabilité dont ils ont su faire montre, malgré les actes de provocation délibérément posés par les forces de l’ordre. Beaucoup d’entre eux se sont également mobilisés pour secourir leurs camarades injustement mis aux arrêts.
L’ADDEC tient à faire savoir qu’au cas où ces arrestations aboutissent à des emprisonnements, dans ces conditions où les procès sont expéditifs, en totale violation des dispositions du Nouveau Code de procédure pénale et des droits de la défense, notamment les principes basiques du débat contradictoire, et de la présomption d’innocence, lesdits étudiants seraient considérés comme des prisonniers politiques, car n’ayant commis aucune infraction de droit commun.
L’ADDEC tient à rappeler qu’elle ne ménagera aucun effort pour œuvrer à la libération des camarades détenus à la prison de Buéa ; et qu’elle ne fera l’économie d’aucun moyen de droit pour parvenir à cette fin.
A propos de l’insurrection populaire
Ces exactions perpétrées sur des étudiants se sont produites dans un contexte général de crise. Il convient de souligner que les émeutes qui ont secoué le pays les 25, 26, 27, 28 et 29 février sont la conséquence d’une crise économique, sociale et politique dont la grève des chauffeurs des taxis n’a été que le catalyseur. Dans ce contexte de frustrations généralisées, il était prévisible que le mécontentement populaire dérive en émeutes, voir en insurrection. Les émeutes de banlieues françaises montrent à suffisance qu’il ne s’agit pas du reste d’une exception camerounaise.
On ne peut donc que se désoler de la pauvreté et de la misère argumentative du discours officiel qui chaque fois qu’il est confronté à la colère des jeunes ou des autres laissés-pour-comptes se réfugie derrière le refrain aussi éculé que ringard de la manipulation pour ignorer la pertinence des revendications et étouffer le cri du peuple dans un flot de sang.
A cette occasion, l’ADDEC adresse ses condoléances les plus attristées aux familles si durement éprouvées, dont la progéniture, portée par un élan patriotique sincère de désobéissance civile, a trouvé la mort au cours de ces évènements.
Sans doute, les débordements de ces derniers jours témoignent-ils aussi - en partie - d’une absence d’organisation et d’un déficit d’éducation politique que la jeunesse devra combler impérativement. C’est dans ce sens que l’ADDEC compte, pour sa part, orienter ses réflexions et ses actions dans les prochaines semaines, afin que la jeunesse camerounaise et singulièrement les étudiants sachent se faire entendre sur les sujets qui engagent l’avenir de notre pays.
A propos de la Réaction du Chef de l’Etat :
Le Chef de l’Etat, à la suite de l’insubmersible insurrection populaire, a pris un train de mesures lors du Conseil ministériel du 07 mars 2008 dont l’objectif déclaré est de répondre aux préoccupations des citoyens et des jeunes en particulier ;
De ces résolutions, il ressort que malgré les différentes vies impunément supprimées par les forces de l’ordre dans les campus lors des revendications académiques initiées par l’ADDEC au cours de ces trois dernières années, les mesures du Chef de l’Etat sont restées inexplicablement silencieuses sur les revendications des étudiants.
Rien n’a été dit sur le retour de la bourse dont l’octroi aux étudiants améliorerait considérablement leur condition de vie dans un contexte où, malgré les mesures prises à grand renfort de publicité, le pouvoir d’achat des Camerounais et surtout de cette couche reste chroniquement insignifiant.
Que dire du silence sur la suppression ou la réduction du montant des droits universitaires suffisamment réclamée par les étudiants, revendications pour lesquelles plusieurs vies ont été perdues et qui semblent n’avoir guère retenu la très haute attention du Chef de l’Etat ;
Des mesures de moindre complexité délibérément bloquées par le Ministère de tutelle à l’instar de l’achèvement du processus d’harmonisation des coûts du logement étudiant, dont la prise en compte aurait bien pu persuader la communauté estudiantine de la bienveillante attention du Gouvernement, sont restées lettres-mortes.
Les étudiants s’interrogent donc légitimement, et refusent de croire que le Chef de l’Etat et ses collaborateurs en charge du sous secteur de l’enseignement supérieur, à travers ces décisions, ne leur font pas le procès de ne s’être pas mêlés formellement et conséquemment à cette campagne de désobéissance civile.
Fait à Yaoundé le 12 mars 2008
POUR LE CONSEIL,
(é) BATOGNA GNITCHOGNA
Presse en danger au Cameroun: Le Snjc interpelle le gouvernement 5 mars 2008
Posted by TAMBA in Opinions et débats.Tags: Cameroun, Liberté d'expression, Medias, Presse, Snjc
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Je disais déjà ici que la presse camerounaise est en danger. La suite des événements montre bien que la situation ne s’est pas améliorée. Médias baillonés, journalistes et assimilés menacés… Le Cameroun fait tristement l’actualité internationale. Reporters sans frontières dénonce.
Le communiqué du Snjc
Le Syndicat National des Journalistes du Cameroun (SNJC) est très préoccupé par le climat d’insécurité généralisée que vivent les hommes de médias camerounais depuis quelques semaines, accusés qu’ils sont par les pouvoirs publics d’encourager les manifestations.
1. Jacques Blaise Mvié, directeur de publication de l’hebdomadaire La Nouvelle Presse a été enlevé ce jour, 03 mars 2008, à Yaoundé par des éléments de l’armée, apparemment sur ordre du Ministre délégué à la présidence de la République en charge de la défense nationale, Rémy Ze Meka alias ” Bad Boy “. Ce dernier a, en effet, été indexé dans l’édition de La Nouvelle Presse n°333 du 27 février 2008 comme étant le vrai auteur de la ” tentative de coup d’Etat ” qui a entraîné de nombreuses arrestations d’officiers de l’armée camerounaise.
2. Eric Golf Kouatchou, caméraman/réalisateur à la chaîne de télévision Canal 2 International a été arrêté par des éléments du Groupement Mobile d’Intervention (GMI) de Douala mercredi 27 février 2007 à 8h00, alors qu’il allait couvrir une marche à Bonanjo. Les policiers ont détruit sa caméra après avoir confisqué sa carte professionnelle, et notre confrère a été contraint de rejoindre un groupe de 36 jeunes à qui le Groupement demandait manu militari de ramasser tout ce qui avait été déposé en plusieurs jours de crise sur les rues et avenues de l’axe Bonanjo-Yassa (environ 10 km). Une fois au siège du GMI, ce confrère a été roué de coups, fouetté et entendu sur procès-verbal ; il a été libéré à 18h30 le soir après avoir payé, sans reçu, la somme de 56 000 francs Cfa à ses bourreaux et suite à une intervention du directeur de la chaîne, M. Eric Fotso.
3. Polycarpe Essomba, correspondant permanent de Radio France Internationale à Douala, a, quant à lui, été obligé d’abandonner son domicile pendant toute la durée de la crise suite à des menaces téléphoniques à lui adressées, ainsi qu’à sa mère résidant à Yaoundé. Ce dernier à qui l’on reproche ses comptes-rendus ” peu patriotiques ” n’a pu rejoindre son domicile qu’hier ” à ses risques et périls “.
4. David Nouwou, rédacteur en chef délégué du quotidien La Nouvelle Expression, et Patient Ebwele, correspondant du quotidien Le Jour, ont été, chacun, roués de coups par des éléments de forces de l’ordre à Douala, avec, souvent, leur matériel de travail confisqué. On leur reprochait simplement de couvrir les événements et d’être sur le terrain, tandis que Yvonne Cathy Nken, journaliste à Canal 2 International a vu son véhicule vandalisé à Douala, et conduit au garage pour d’onéreuses réparations à sa charge.
Le SNJC s’inquiète de cette subite offensive armée des forces de sécurité contre les médias qui fait suite à l’interdiction par les autorités administratives et gouvernementales des chaînes Equinoxe TV, Radio Equinoxe et Magic Fm en une seule semaine. En exigeant la libération immédiate et sans condition de Jacques Blaise Mvié, directeur de La Nouvelle Presse, le SNJC interpelle, à cet effet, le Gouvernement camerounais en vue d’une vraie protection des journalistes et des médias dans l’intervalle tumultueux 2008-2011, et appelle à témoins l’opinion nationale et internationale contre cet état de terreur où l’armée n’hésite plus à tirer à balles réelles, sans sommation, sur les citoyens.
Fait à Douala, le 03 mars 2008
Par le Syndicat National des Journalistes du Cameroun (SNJC)
Crise au Cameroun: L’analyse de Jean Marc SOBOTH 4 mars 2008
Posted by TAMBA in Opinions et débats.Tags: Cameroun, Crise, Jean Marc Soboth
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Je vous propose ici une lecture de la dernière crise ayant secoué le Cameroun la semaine dernière. Ce texte publié dans le Messager d’hier, 4 mars 2008 est dans son intégralité, un peu long, mais il vaut le détour. L’auteur est un ancien journaliste au quotidien La Nouvelle Expression, et premier secrétaire du Syndicat national des journalistes du Cameroun.
ANALYSE
Scénarios d’une crise insurrectionnelle à multiples facettes
Dessous de cartes d’une petite révolution incohérente menée par des milliers de jeunes anonymes, mais qui a révélé les insuffisances d’un système qui se croyait inébranlable.
1er Scénario : Un chef d’Etat mal informé.
Dans le schéma académique classique du renseignement militaire, l’information a pour but premier de “ réduire l’incertitude et de combattre le contre-espionnage ”. Dans cette optique, la question qui revient invariablement de la hiérarchie en cas d’alerte est celle de savoir “ Qui prépare quoi, qui a fait quoi ? ”. Dans ce tableau, il ne reviendra jamais à l’idée d’aucun officier de ne pas y répondre mécaniquement en échafaudant un canevas de cause à effet. Sinon, il serait soupçonné d’incompétence. Le scénario est implacable, et mène trop souvent à de fausses pistes. “ On désigne des meneurs qui vont payer les pots cassés ”. C’est sans doute dans ce panneau simpliste que le chef de l’Etat, Paul Biya, est tombé. Il en est de même de toute l’infrastructure de “ l’information officielle ”.
On l’a, en tout cas, constaté à l’écoute du texte télévisé en réaction à l’immense crise insurrectionnelle qui a débuté à Douala lundi dernier. Après avoir raté la “ prévention des incertitudes ”, la question classique est revenue. “ Qui est l’auteur des désordres ? ” Et la réponse la plus évidente, mais également la plus fantaisiste, fut : “ C’est l’Opposition qui a instrumentalisé les jeunes ”, les hiérarques du Social Democratic Front (Sdf) en l’occurrence.
D’où ce coup de gueule hâtif, “ totalement hors sujet ” (sic), d’un chef de l’Etat qui montrait une fois de plus qu’il était, de longue date, éloigné de ce peuple qui venait d’engendrer sa nouvelle génération d’exclus. Une génération jeune, radicalement distincte de celle des années 90 parce que constituée de rejetons de la télévision câblée. Une génération qui a donc admiré - et s’est concrètement identifiée - aux Guillaume Soro sans avoir jamais, faute de moyens, pratiqué les amphithéâtres de l’université publique payante. Des foules qui ont été rapidement infiltrées par la plupart des bandes de jeunes malfrats, futés, très au fait de leurs missions nocturnes, à qui l’on donnait pour la première fois l’occasion d’opérer en mondovision. En réalité, la situation de crise vécue à travers le Cameroun est unique par sa spontanéité et son “ succès ”.
A la question de savoir “ Qui ? ”, on doit, pour ce qui s’est passé, faucher les schémas classiques et aligner une succession de déclencheurs. Les expertises en matière de prévention sont désormais prospectives. Les générations plus âgées doivent avouer, quant à elles, leur incapacité à prévoir directement la situation provoquée par ces jeunes anonymes. Par exemple, ils ont appris, entre deux débats télévisés, à la Une de journaux, voire de commentaires de voisinage, que la société Sidem, filiale du groupe Fadoul “ appartient Franck Biya ”, ou que la société Tradex S.A “ appartient à Chantal Biya ”…
2ème scénario : De l’implication des forces de 3ème catégorie.
L’implication des forces de 3ème catégorie (l’armée) dans la répression sanglante des manifestations s’est avérée d’une rare “ efficacité ”. Qui saura jamais produire, des suites de cette crise, la vraie comptabilité des morts par balles de la seule ville de Douala ? Nul ne le sait. Les télévisions locales n’ont manifestement pu rattraper aucune image de la subite répression. Une demi centaine de morts serait peut-être le moindre mot dans ce spectacle funeste…
Pendant que des (dizaines ?) de cadavres d’adolescents ou d’enfants jonchaient rues et avenues, les morgues de l’hôpital Laquintinie et de l’hôpital de Deïdo furent vite submergées. D’autres corps, inanimés, apparaissaient sporadiquement dans les eaux du Wouri, d’après des témoins.
Pourtant, la décision de ne plus se contenter de la seule pédagogie et des forces de 1ère et de 2ème catégorie (police et gendarmerie) face à cette jeunesse déchaînée “ a tardé à venir ”. Dans le cas du Littoral, une de ces discussions téléphoniques entre le délégué provincial de la Sûreté nationale, le Commissaire Joachim Mbida Nkili et le préfet du Wouri, Bernard Atebedé, a éclaté. Les unités de police en sous-effectif, sans logistique adéquate et n’ayant pas l’autorisation d’ouvrir le feu (sauf cas extrême de légitime défense) essuyaient déculottée sur déculottée. Le chef de la Police, fatigué de parlementer comme un politicien, dut menacer de suspendre la participation de ses éléments, alléguant la menace pour la vie de policiers sans défense. Il promit de se borner à protéger les unités en péril.
En fin de compte, le Gouverneur de la province, Francis Fai Yengo, a franchi le rubicon. Il a requis officiellement les forces de 3ème catégorie, l’armée, destinée normalement à la protection du territoire. Et dont le dernier fait d’arme à Bakassi remonte à novembre 2007. Mission officielle : sécuriser les “ points névralgiques ” (banques, grandes entreprises, stations service, etc.). “ Par tous les moyens ”, prescrivait une instruction confidentielle du Ministre délégué à la présidence de la République en charge de la défense nationale, Rémy Ze Meka.
Les “ négociations ” entreprises à Yaoundé, sur le tard, par les ministres des Finances, Essimi Menye, du Commerce, Mbarga Atangana, la Csph, etc., avec les syndicats des transporteurs urbains avaient accouché d’une souris. En fait, on s’était encore trompé de problématique. Il fallait donc faire vite. Euphémiquement, l’opération armée est dissuasive. Juste pour arrêter l’hémorragie. “ On va tirer uniquement sur les membres des manifestants ”, explique un officier en renfort. Un leurre.
Rapidement, les conseils buenos pater familias du très apprécié commandant de la 2ème Région militaire, le Général Sali Mohamadou, aux innombrables jeunes surchauffés sont transformés dès le lendemain en une série de tirs à la kalachnikov. A bout portant. A divers “ points chauds ”. Les milliers de jeunes manifestants qui avaient cru qu’il suffisait de brandir le drapeau du Cameroun et de chanter l’hymne national pour acquérir une immunité nationaliste, déchantent. On est alors rendu au troisième jour. C’est-à-dire au-delà de la grève de deux jours dont préavis avait été communiqué au Gouvernement. Qui a négligé comme d’habitude…
Problème, dans la logique de “ l’Etat de droit ” dont a si justement fait allusion le chef de l’Etat dans son propos, l’usage de la force armée et de l’artillerie contre des citoyens soulève de jure et facto un lourd contentieux dans la jurisprudence administrative. “ Ce type de manifestations relève théoriquement du simple maintien de l’ordre public ”, explique un juriste. S’autoriser à ouvrir le feu sur des citoyens civils ne peut se justifier que dans le cadre d’institutions constitutionnelles comme l’état d’urgence, l’état d’exception ou les circonstances exceptionnelles.
Une notification de couvre-feu a été servie à certains abonnés du réseau short messages de Orange Cameroun au soir du troisième jour d’arrêt d’activité. Sera-ce un argument juridique de poids dans le contentieux qui pourrait survenir ?
Rien n’est moins sûr. Il est évident, en tout état de cause, que la boucherie a initié, dans les milieux de la grande pauvreté, un nouveau train de volcans. Qui auront leur moment d’éruption. L’histoire a, en effet, déroulé sous nos yeux moult situations similaires : les régimes ne se rendent compte de leurs propres génocides que plus tard, lorsqu’ils ne sont plus.
3ème scénario : Comment l’administration a précipité la crise.
“ On attendait au minimum que le Chef de l’Etat annonce, dès le premier jour de la grève, le limogeage du gouverneur de la province du Littoral, ainsi que celui, éventuellement, du Ministre de la Communication, qui a mal choisi le moment d’interdire Equinoxe TV ”. Foi d’élu Rdpc du Wouri, exprimant sa déception au lendemain du propos du chef de l’Etat. Etonnant ? “ Il y a, en fait, une manière de raisonner à Yaoundé, différente de la conception de Douala ”, explique un politologue.
En clair, beaucoup au sein du parti au pouvoir à Douala ont ri devant le spectacle offert par le propos du “ Chef ”, ou encore face aux élucubrations de cette délégation conduite à Douala par le ministre d’Etat, ministre de l’Administration territoriale, Marafa Hamidou Yaya. Accompagné de l’essentiel des “ sécurocrates ” du régime, en l’occurrence le patron de la police, Edgard Alain Mebe Ngo’o, du Secrétaire d’Etat à la Défense (Sed), Jean Baptiste Bokam, etc., Marafa était, confiait-il à la presse, venu congratuler les autorités locales pour avoir pu ramener la paix. Il affirmait alors avoir identifié les meneurs. Pince sans rire.
En fait, si l’on a dû tirer à balles réelles sur les manifestants, c’est que l’on avait raté la prévention. Les manifestations de Douala résultent, en partie, d’une conjonction de maladresses administratives et d’informations erronées qui ont fait regretter unanimement les capacités de dialogue de l’ancien gouverneur, Gounoko Haounaye.
Des informations fausses annonçaient entre autres, une certaine “ Opération Kenya ” initiée, d’après les notes, “ par des groupes de défense des droits de l’homme et des partis politiques, avec des financements étrangers ”. Le canular consistait en une série de débrayages vers le centre administratif.
Le nouveau gouverneur saisi a interdit “ préventivement ” les manifestations publiques. Comme si cela ne suffisait pas dans un climat électrisé par une vraie opposition au projet de révision constitutionnelle - devant permettre au président Paul Biya de briguer deux nouveaux quinquennats en octobre 2011 -, le tube de l’artiste Longue Longue qui met en garde contre ce projet est interdit. Localement, une conférence de presse du leader du Sdf, Ni John Fru Ndi, à l’hôtel Lewat à Douala est inutilement dispersée à coups de jets d’eau anti-émeute. Un meeting manqué du provincial du Sdf, Jean Michel Nintcheu, au quartier Dakar subit le même sort. Tout le voisinage est inutilement arrosé au camion anti-émeute alors même que le meeting n’a pu se tenir par manque de… troupes. Réaction populaire. Bilan officiel : deux morts.
Dans cette atmosphère empoisonnée par “ l’autre malchance ”, la défaite de l’équipe du Cameroun en finale de la coupe d’Afrique ghanéenne, la chaîne de télévision Equinoxe TV, puis la radio du même nom, sont été interdites. Une idée lumineuse du ministre de la Communication, Jean Pierre Biyiti bi Essam…
Ce n’est pas fini. Dans la logique de la poursuite du vent, l’on vient de lancer à Yaoundé une nouvelle stupidité. D’aucuns rechercheraient activement l’ancien officier exilé au Burkina Faso, Guerandi Mbara. Et pour cause, des bulletins de renseignement mensongers l’accusent de séjourner actuellement au Cameroun. Et d’être l’instigateur des mouvements en cours. Bref, le n’importe quoi habituel.
4ème scénario : Un type d’insurrection anarchique.
Preuve supplémentaire, s’il en est, de son caractère anarchique, la grève des transporteurs urbains qui a induit les récentes manifestations à relents politiques ne peuvent être classifiées. Elles ne relèvent ni de la simple manifestation sociale purement revendicative “ contre la vie chère ”, ni de la revendication politique orthodoxe. Les milliers d’anonymes qui émergeaient de nulle part pour arpenter les artères des quartiers et les avenues, eux-mêmes infestés de vrais malfrats, se sont souvent montrés particulièrement agressifs. L’occasion servait d’exutoire pour ces sacrifiés du régime Biya. Ils ont, ainsi, surpris jusqu’aux leaders politiques de leur bord supposé. Jouissant jusqu’au bout de la seule sympathie populaire, ils ont vite ruiné ce capital lorsqu’ils ont menacé d’investir ensuite les domiciles privés de certaines couches à peine moins démunies qu’eux.
A la vérité, sans le savoir, les jeunes s’étaient inscrits dans une logique d’insurrection totalement déconcertée. Une insurrection désordonnée qui, sans une vraie option – et une vraie stratégie - de coup d’Etat, était vouée au carnage. Une insurrection suppose, en effet, un cocktail complexe : des commanditaires, une tactique avec de discrets leaders zonaux ; l’implication de géostratèges ; la complicité éventuelle d’une branche de l’armée ; des moyens substantiels pour une vraie coordination ; des mécanismes de ravitaillement populaires en cas d’opération de longue durée ; le respect des institutions publiques, etc.
Il n’y avait rien de tout cela. A la place, l’on a assisté à d’inopportunes scènes d’humiliation d’éléments des forces de l’ordre. Du moins, tant que ces derniers n’avaient pas reçu l’ordre de tirer: gendarmes et agents publics déshabillés publiquement; édifices publics incendiés ou vandalisés, etc.). Du coup, tout a basculé.
Devant une impossibilité arithmétique des forces de l’ordre à rallier toute la ville de Douala nonobstant les renforts, les populations ont changé de camp. Et ont donné de la main. Chaque heure qui passait annonçait le chaos. Elles ont dû organiser leur propre autodéfense spontanément, repoussant avec détermination de nombreux assauts des malfrats, les obligeant à aller chercher fortune ailleurs où les attendaient les tirs à l’arme lourde de l’armée.
5ème scénario : D’ici à 2011, le chemin est encore long
D’après les habitués des cercles présidentiels, le chef de l’Etat et son entourage font généralement peu de cas de l’actualité locale, quelle qu’elle soit. La récente crise n’a pas été logée à la même enseigne pour plusieurs raisons. Elle a rapidement défrayé la chronique internationale. Elle a vite irrigué les canaux des plus grandes agences de presse, en particulier Reuters, Associated Press, l’AFP… Elle a fait l’objet de commentaires les plus salés dans la presse africaine en général, qui s’est unanimement moquée du “ président à vie ” Paul Biya. La chaîne de télévision France 24 a annoncé au journal la solution trouvée avec les transporteurs à Yaoundé avant de préciser que la paix n’était pas revenue au Cameroun. Plus tard, la chaîne où est intervenue l’homme-lion à Paris a rejoint les autres médias internationaux, insistant sur la révision envisagée de la constitution juste pour permettre au “ dictateur de Yaoundé ” de rester au pouvoir après 78 ans. Pour la plupart, c’est la véritable cause d’une crise multiforme qui a entraîné pas moins de trois fermetures de médias en une semaine au Cameroun. Avec quelques dizaines de morts.
C’est le quotidien Le Parisien qui a révélé la crise au grand public français. Les organisations de défense de la liberté de la presse s’y sont mêlées. De la New-yorkaise Committee To Protect Journalists (CPJ), à la Montpelliéraine Reporters Sans Frontières (RSF), en passant par le mécanisme de la Fédération Internationale des Journalistes (FIJ) appelé INSI, le Cameroun a fait l’essentiel des condamnations. Toutes ont décrié la série de violations de la liberté des médias et des journalistes dans un pays qu’on avait presque oublié au milieu des situations “ préoccupantes ”…
Les choses ne font peut-être que commencer. Chaque jour passé dans la crise a entraîné une perte sèche de 2 milliards de francs Cfa des seules recettes douanières, a révélé le Ministre des finances, Essimi Menye. La garde présidentielle a pris d’assaut la capitale. C’est un signe des temps. A Douala, les éléments des bataillons d’élite de Yaoundé ont été appelés en renfort à l’annonce d’une hypothétique reprise des manifestations ce jour. Des équipes en provenance du bataillon de Koutaba attendent de pied ferme. La manifestation annoncée est pourtant improbable, vu la menace que les manifestants ont fait peser sur ceux-là même qui en étaient les principaux soutiens moraux.
Mais, d’ici à octobre 2011, le chemin est encore long…
Des jeunes de Paris répondent à Paul BIYA 3 mars 2008
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LETTRE OUVERTE AU PRESIDENT PAUL BIYA
« Les Camerounais n’en peuvent plus ! »
Par les jeunes de Bonaberi.com, Paris (FRANCE)
Monsieur Le Président, cher compatriote,
C’est avec une bonne part de tristesse, de mécontentement, et de colère que l’on a accueilli votre sortie de Mercredi. Les évènements de ces derniers jours dans notre pays ont en effet beaucoup affecté le moral des camerounais, qu’ils soient de Paris, ou de partout ailleurs dans la diaspora, et l’on attendait sincèrement de vous des signes ostentatoires d’apaisement lors de cette allocution. Des signes clairs.
Malheureusement, et comme à votre habitude, vous n’avez pas entendu l’appel des Camerounais. N’étiez-vous pas avisés, M. Le Président, du fait que les émeutes récentes n’étaient que l’expression d’un profond malaise qui couvait déjà depuis cette annonce hasardeuse de projet de modification de la constitution ? Il aura fallu la mort d’un jeune compatriote samedi dernier à Douala, la fermeture d’une chaîne de télévision privée et une grève de transporteurs jumelée à un excès de zèle de vos courtisans pour que les choses dégénèrent en casses, pillages, vols et agressions ; car les Camerounais n’en pouvaient plus.
Les Camerounais n’en peuvent plus M. le Président.
Ils n’en peuvent plus d’être nargués par des gouvernants opulents qui ignorent les réalités les plus fondamentales du citoyen moyen. Ils n’en peuvent plus d’être asphyxiés par une flambée des prix de produits dont la production est assurée dans leur propre pays. Ils n’en peuvent plus d’être moqués par une télévision nationale partiale et inféodée au pouvoir que vous vous évertuez tant bien que mal à incarner. Ils n’en peuvent plus de la répression et des privations systématiques de liberté. Les Camerounais n’en peuvent tout simplement plus, M. Le Président. Qu’ils soient femmes, hommes ou enfants !
Quand on a une police, une gendarmerie et une armée qui opposent des balles réelles aux réclamations contre la vie chère ; quand on a un Ministre de l’information, un « Kontchou » des temps modernes, qui oppose des fermetures de chaînes à des critiques vertement adressées à l’endroit de votre régime; quand on a un gouverneur zélé, à l’image de M. Faï Yengo, qui oppose à des velléités de revendications contre la modification de la constitution des interdictions de manifester arbitraires et des bavures policières, à quels résultats vous attendiez-vous concrètement ?
Excusez-nous de vous le dire, M. le Président, vous avez encore manqué là une occasion de vous distinguer.
Comme tant d’autres fois, vous avez répondu aux abonnés absents en plein cœur de la tourmente. Comme tant d’autres fois, vous vous êtes gaussés des camerounais en recevant pompeusement en audience des diplomates de seconde zone pendant que de jeunes compatriotes mourraient sous les balles de vos policiers. Aucune sortie publique, aucune déclaration, rien. Il aura fallu attendre ce Mercredi pour vous voir enfin éclore de vos dorures.
Et pour dire quoi ?
Rien de nouveau sous le soleil : un discours de quelques minutes, vide, menaçant et aussi inconséquent que condescendant. Aucune solution, aucune compassion, aucune perspective. Que nenni ! En lieu et place d’une allocution, vos scribes, M. le Président, vous ont pondu une injure en guise de réponse aux cris de détresse de tous les camerounais. Une mini déclaration de guerre en direct au peuple souverain. Que du dédain. Et une réaffirmation de cette prétendue autorité de l’Etat que vous pensez incarner depuis un quart de siècle. Nous rappelant ainsi à de vieux souvenirs, entre un « Me voici donc à Douala », « La conférence Nationale est sans objet » et un « Tant que Yaoundé respire le Cameroun vit ». La même arrogance et le même mépris que vous affichiez déjà dans les années 90. Comme quoi, on ne change pas les vieilles habitudes. Vous ne changez pas de fusil d’épaule.
Dans ce discours, M. le Président, vous n’aviez raison que sur un point : les pillages, les casses et les violences sur les personnes et les biens publics sont à condamner fermement. Mais pas parce que vous l’avez demandé ou parce que vous le suggérez, mais tout simplement parce que ce sont les camerounais, les vrais, qui ont le plus à y perdre dans cette affaire. Personne ne souhaite à notre pays, vous comme nous, ce qu’on a pu voir ailleurs en Afrique ces dernières années : il faut donc rapidement que les actes de vandalisme cessent, sur toute l’étendue du territoire. Néanmoins, ce qui est tout aussi condamnable, et vous auriez peut-être dû le signaler, c’est l’inexpérience de vos forces de l’ordre qui, tels des cow-boys en plein far-west, tirent et balancent des bombes lacrymogènes à tout bout de champ sur de jeunes compatriotes, pour la plupart sans défense. Dans des écoles, dans des maisons, partout. Tout cela est inacceptable. Inconcevable, M. le Président, pour toute personne qui se veut pétrie de liberté et de justice.
Que plusieurs jeunes camerounais meurent dans ces conditions, pour vous, visiblement, c’est tout au plus « regrettable ». Que des jeunes se déchaînent sur les symboles de nos institutions, et il ne faut bien évidemment y voir que des manipulations de ceux que vous appelez insolemment « apprentis sorciers ». Ne voyez-vous donc en ces révoltes, M. le Président, aucun message subliminal ? Aucune attente sociale ? Aucune aspiration populaire au mieux-vivre ? Pis, êtes-vous incapable de présenter des condoléances dignes de ce nom aux familles éplorées lors de ces émeutes ?
Non, tout cela vous est impossible. C’est impossible pour vous de faire preuve d’humilité. C’est normal, puisque tout va bien au Cameroun. La vie est belle, la démocratie suit son cours et tout le monde est content. Le Cameroun est un « Etat de droit » : merci, on ne le savait pas. Sincèrement, M. Le Président, de qui vous moquez-vous ? De quel « paix » parlez-vous quand la majorité des camerounais n’a pas la paix du ventre et croupit sous les pesanteurs d’une misère grandissante ?
Le 11 février dernier, à l’occasion de la fête de la Jeunesse, vous nous ressortiez d’ailleurs la vieille rengaine, éculée, de cette jeunesse qui serait selon vous « l’avenir du Cameroun », pour laquelle l’Etat se battrait corps et âme depuis des lustres. Cette jeunesse que vous vous targuez de connaître depuis 25 ans déjà mais que vous avez abandonnée, générations sur générations, de Senfo Tokam à Mouafo Djontu, sans que cela ne vous émeuve ou ne vous fasse sourciller de honte.
Depuis quelques jours donc, si vous n’en aviez pas connaissance, sachez que cette jeunesse vous a envoyé un signal fort de détresse et d’exaspération depuis Douala, Yaoundé, Kumba, Limbé, Bamenda, Bafoussam, et même depuis Paris à travers ce texte. Le peuple camerounais est fatigué. Fatigué de l’arbitraire et des privations. Fatigué du mépris et de l’arrogance. Fatigué de 25 ans d’illusions et d’incuries. Et il ne compte plus se laisser sacrifier sur l’autel de la mal gouvernance et de l’immobilisme. Il serait salvateur que vous l’intégriez une fois pour toute, M. le Président.
Car comme disait déjà Célestin Monga, que vous deviez bien connaître en son temps, « ne vous méprenez pas sur la patience manifestée par les camerounais jusqu’à présent, ils sont capables du meilleur comme du pire. »
Nous commençons petit à petit à en être tous convaincus.
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Signé les jeunes de Bonaberi.com, Paris (FRANCE)
